COMMUNIQUE

Tsiganophobie sur France 5- les Rroms déterminés à saisir le CSA et la justice

Alarmées par le racisme prononcé de l’émission «Délinquance : la route des Roms », diffusée le 11 février 2005 sur France 5, les associations rroms de France Rromani Baxt, AVER contre le Racisme, La voix des Rroms et Ternikano Berno, avec l’appui l’Union Rromani Interna-tionale, ONG classée en catégorie 2 auprès du Conseil Economique et Social de l’ONU, saisiront le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel et le Procureur de la République d’une plainte pour incitation à la haine raciale.

Sous le titre "Délinquance : la route des Roms", M. Yves Calvi, animateur de l’émission "C dans l’air" s’est attaché le vendredi 11 février à démontrer que la mendicité des Rroms en France relève du crime organisé. Alors même que le reportage diffusé en cours d’émission dément une telle affirmation, il arrive à centrer l’attention du téléspectateur sur ce qui, selon la présentation faite, serait une extrême dangerosité de la communauté rrom. Pour faire passer son message, M. Calvi a choisi des intervenants qui n’ont aucune connaissance des Rroms, et par conséquent des stéréotypes racistes du Moyen Âge reviennent au cours de l’émission de manière récurrente. Certains intervenants tiennent des discours ouvertement tsiganophobes. «50% - m’a-t-on dit, des prostituées à Bucarest sont des Gitanes, je ne sui spas sûr du chiffre, je ne les ai pas comptées », « en Roumanie, on estime qu’à peu près un cinquième de la communauté des Gitans [sic !] est vraiment criminogène », dit M. Laulan, de l’Institut de géopolitique des populations. La preuve qu’il ne sait pas de qui il parle : il appelle les Rroms de Roumanie « Gitans », alors que ce terme désigne uniquement ceux des Rroms qui ont construit leur identité dans la péninsule ibérique et qu’on trouve en Espagne, en France et en Amérique Latine. Parlant de la mendicité, M. Fiori, policier, affirme en totale contradiction avec le reportage que « bien souvent, les enfants ne sont pas les vrais enfants de ces mères que l’on décrit aujourd’hui ». Evidemment, aucune preuve de cette affirmation n’est apportée, mais cela n’empêche pas M Raufer d’aller plus loin : «Ce sont des gamins qui peuvent être aussi bien d’autres Gitans, d’ailleurs, ou qui ont été volés n’importe où ou achetés dans des pays encore plus pauvres, comme la Moldavie ». Quant à M. Raufer, criminologue, de son vrai nom Christian de Bongain, il déplore que la police «ne peut pas aller au-delà de poser des questions aux gens». Il cache à peine sa frustration face à l’absence d’une police spécialisée sur la question rrom : «dès qu’il y a un problème de diagnostic, il y a un vrai problème de volonté politique ; on prend des fonctionnaires, on leur dit ‘vous allez faire ça’ et ils le font. A l’heure actuelle ça n’est pas fait ». D’autres propos font également référence d’une façon implicite aux théories et concepts nazis, tels que la « race criminelle » : «on peut intégrer [les enfants] à condition de les sortir de leur milieu familial, mais personnellement je ne vois pas de solution pour les adultes", dit à un moment M. Laulan, pour ensuite dire que même l’intégration des enfants est impossible car l’influence de la famille est trop grande.

Jugeant cette émission volontairement raciste, les associations rroms ont décidé de saisir le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel ainsi que le Procureur de la République pour incitation à la haine raciale.